Les habitants de la Terre sont vraiment des petits êtres passionnants.
Ainsi par exemple, lors de ma formation préalable à mon arrivée au beau milieu
de cette planète, mon instructeur attira mon attention sur le rôle que joue la
peau lisse dans le degré de considération que les humains s'accordent
mutuellement. À l'instar de l'épice dans Dune, l'œuvre de Frank Herbert, celui qui
contrôle le poil domine le monde.

En effet, afficher l'absolue maîtrise de votre pilosité imposera une certaine
fascination chez vos contemporains. Et ceux parmis eux qui se trouveront être
en quête éperdue d'un modèle canonique auquel accrocher leur destinée, ne
manqueront pas d'imaginer, en la discipline glabre de votre personne, quelques
secrets fabuleux. Gage supposé de réussite autant que projection illusoire de
quelques rêves d'ascencion sociale, l'imberbe propreté du visage n'est parfois
aussi rien d'autre que le plus vil des masques.

Circonscrire le poil pour se penser plus fort que la Nature.
L'Homme est sans doute l'animal le plus apte à fuir sa propre nature. Il
élabore sans cesse de nouveaux systèmes où les pouvoirs contrôlent et prônent
la douce violence des lames rotatives à haute vitesse. Coalition des puissants
pour laquelle œuvrent les grandes faucheuses de poils à têtes pivotantes,
caressant votre peau fragile de leurs mains implacablement tranchantes.

Mais le poil repousse toujours, inéluctablement. Il n'a de cesse de ressurgir,
de revendiquer, d'exister. Sa force réside en ce qu'il ne peut mourir ni jamais
disparaître. Coupez en un ici et il en repoussera un autre là. Le poil est un
de ces ilôts de résistance imaginé par la Nature pour rappeler à l'Homme qu'il
n'a pas le pouvoir dont il a l'arrogance de se croire investi. On ne peut pas
plus s'arracher les poils qu'on ne peut s'affranchir de l'équilibre de
l'univers.

Fort de toutes ces considérations, j'ai choisi de tester, pour mon étonnant
périple au sein de la société humaine, le contrôle rigoureusement précis d'une
perpétuelle barbe de trois jours. Et tous les quinze jours, l'intégralité des
poils et cheveux de mon crâne peuvent se targuer d'une exacte et uniforme
longueur. Par la grâce moderne et efficace de cet autre fantastique outil
qu'est la tondeuse électrique !
Désassemblage
vendredi 11 février 2011
L'intérieur du dedans des choses qui nous entourent : deux rasoirs électriques
Par Vincent le vendredi 11 février 2011, 16:01
mercredi 22 septembre 2010
L'intérieur du dedans des choses qui nous entourent : un écran LCD
Par Vincent le mercredi 22 septembre 2010, 00:30
Depuis mon arrivée sur Terre, une part non négligeable de mon de temps est
consacré à la compréhension des rouages de la Société Humaine, des motivations
diverses et variées de ses individus, de même que du fonctionnement de tous ces
étranges objets dont l'acquisition et l'usage permet, semble-t-il, d'exister
mieux et plus; car plus c'est mieux…
logique.

Notons que la bienséance dicté par les lois terrestres sur la possession de
biens matériels nous invite à ne sacrifier sur l'autel de notre curiosité que
les produits morts au champ d'honneur d'une utilisation quotidienne génératrice
de pannes, de mauvaises manipulations, de chutes et autres inadéquations
fonctionnelles.

Un ami Geek, vétéran des voyages sur Terre, m'a vivement conseillé
l'acquisition d'un lot de tournevis universels. Cette judicieuse préconisation
constitua pour moi la première cléf du processus de désassemblage d'un de ces
objets fascinants qui existent en diverses tailles, intégrés ou connectés à
tout un tas d'autres objets dits "communicants" : un écran !

Sophistication extrême, je découvre ainsi que cet écran était non seulement
capable de submerger l'utilisateur d'une myriade d'informations visuelles
statiques ou animées, mais aussi de véhiculer multitude de messages contextuels
à travers ses oreilles grâce à deux petits générateurs d'ondes sonores
habilement fixés dans le carénage. Magnifique outil des possibles pour
amplifier la manipulation du message par l'image et la manipulation de l'image
par le discours.

C'est ainsi que l'activité de beaucoup d'humains consiste à mesurer
régulièrement leur degré de civilisation personnelle au nombre de boutons
POWER (à pression, tactile, mécanique, à bascule, etc.) qui ornent
leur quotidien.

Pendant ce temps, le reste du Monde qui ne possède pas de boutons
POWER du tout, peut toutefois s'épanouir en fournissant les ressources
nécéssaires au bon fonctionnement des boutons POWER de ceux qui les
feront fonctionner pour mesurer leur degré de civilisation personnelle.

Sinon, pour revenir à notre écran, derrière la dalle à cristaux liquides il
avait deux plaques de circuits électroniques. Ceux-ci sont assemblés par des
robots sur des chaines de montages. Les robots c'est super efficace et ça
permet aux humains de disposer d'énormément de temps libre pour s'épanouir au
travers de conviviales activités de groupes comme le chômage, ou individuelle
et plus intimiste comme la désocialisation. C'est génial !

Heureusement pour moi, un Officiel humain (c'est à dire qu'il se présenta comme
un humain plus officiel que les autres) m'a désaliéné de cette analyse si
maladroitement simpliste du fonctionnement de la planète. En effet j'étais
passé complêtement à côté du rôle fondateur des ces quelques humains
d'exceptions, trop rares héros de notre temps, qui, faisant montre d'une
abnégation totale et sans faille, ont tout sacrifié en acceptant de stocker
continuellement toujours plus de richesses et de boutons POWER afin de
permettre à toutes les populations du reste de la Terre de s'épanouir toujours
plus et encore mieux dans le rien quotidien. On n'imagine pas
tout ce qui se passe vraiment derrière l'écran…